DEBRAYAGE

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DEBRAYAGE parmi les 10 finalistes du Prix Coups de Coeur du #Off2017 vu par le Jury.

Club de la Presse du Grand Avignon et du Vaucluse·mardi 25 juillet 2017

Le titre nous plonge d’entrée dans l’univers de la mécanique. Mais c’est celle des esprits, des rapports humains-inhumains, de la perte des sentiments. Dans une société normée pour être normalisée, où le travail quotidien, lorsqu’il y en a, tient lieu de rite et de rythme de vie, quelle place se faire pour retrouver sa personnalité et sa dignité ? Les décors évoluent et se bousculent pour mieux découper ces tranches de vie, absurdes ou jubilatoires, qui nous font, tour à tour, rire ou grincer des dents.

 

Débrayage de Rémi de Vos

par Gilles Costaz

L’entreprise, un terrain de chasse

Devenu l’un de nos plus grands auteurs, Rémi de Vos n’a pas commencé par une pièce hésitante. Débrayage, son premier texte, qui a été beaucoup repris et qui fait à présent l’objet d’une re-création par la compagnie montpelliéraine de l’Astrolabe, tapait fort, en 1996, sur le monde de l’entreprise. Malgré son titre, ce n’est pas exactement une pièce sur le chômage. Plutôt une série de scènes – treize au total – sur la difficile vie de toute personne qui doit s’inscrire dans la politique contraignante d’une entreprise. Un homme annonce à sa femme (ou, plutôt, n’ose pas annoncer à sa femme) qu’ils ne partent plus en vacances, il doit rester à la demande de son patron. Deux hommes sont candidats à une même place et la responsable des engagements les met en concurrence dans le même bureau. Une employée modèle explose quand le « ras-le-bol » est atteint. Plusieurs personnes attendent d’être reçues par un employeur et l’attente tourne au conflit larvé. En séance de travail,un cadre explique le terme de « management participatif »…
Nicolas Pichot a profité de la structure en sketches de De Vos pour créer un spectacle en perpétuelle mutation. Les parois se déplacent, les praticables et les lumières délimitent sans cesse de nouvelles aires de jeu, la musique enchaîne les moments les uns aux autres et entre même dans le jeu gestuel et parfois chorégraphié des acteurs. Une telle conception demande beaucoup d’habileté et de rapidité aux comédiens. Ils en ont ! Marc Pastor, Tony Bruneau et Natacha Räber changent aisément de personnage et de tonalité. Quant à Evelyne Torroglosa, elle a une présence exceptionnelle, passant sans peine de l’aplomb à la fragilité avec une puissance scénique ouverte à la fantaisie. La mise en scène de Nicolas Pichot sait associer le tableau intime et la fresque globale, le drame individuel et l’image du monde professionnel, faire vivre l’instant théâtral à l’intérieur d’une fluidité filmique. La peur et l’esprit de compétition tournoient, de manière obsédante, dans ces jours où les bons sentiments officiels ne dissimulent pas longtemps le parti pris de chasse à l’homme. Débrayage, dont le texte intègre quelques ajouts liés à l’évolution du monde de l’entreprise et à la mutation de la société, renaît ici dans l’une de ses mises en scène les plus percutantes.

Du beau travail !

Par Bernard Serf

20 juillet 2017

C’est la première pièce de Rémi De Vos. Elle fut écrite en 1995. Dire qu’elle n’a pas pris une ride relève de la litote. À l’heure de la mondialisation triomphante — et heureuse, forcément heureuse ! —, aller voir cette comédie, ô combien grinçante et caustique, relève de la salvation. Car comme l’écrit fort justement Beckett — et comme l’a parfaitement compris De Vos — « Rien n’est plus drôle que le malheur ». Et du malheur, il y en a dans ces saynètes qui composent cette pièce ! Un malheur insidieux, lancinant. Un malheur d’autant plus urticant qu’il est quotidien. Le quotidien du travail déshumanisé poussé à son paroxysme, et qui relègue l’individu à la seule place désormais sienne : celle d’une variable d’ajustement. On pense à cette vieille expression populaire, tombée aujourd’hui en désuétude, quand autrefois on partait au travail : on disait qu’ « on allait au chagrin ». C’est d’ailleurs ainsi que débute le spectacle. Des hommes et des femmes s’habillent pour partir au boulot. Ce moment est chorégraphié, ce qui a pour effet de l’extraire du trivial. La chorégraphie reviendra dans d’autres scènes, comme une parenthèse poétique, ou dans une scène proprement hilarante de télémarketing. Car on rit beaucoup pendant « Débrayage ». Beaucoup. On rit comme on prendrait une bouffée d’oxygène pour sortir d’un univers qui vous noie. Car ce qu’on voit n’est pas joli-joli. Ça non ! Licenciement, délation, humiliation, paranoïa. Autant de sacrifices faits au Veau d’Or moderne : l’entreprise. Une entreprise qui exige tout de vous et même un peu plus. Au nom de l’efficacité, de la performance, de la réussite.

« Débrayage » est monté comme une course folle. La scénographie est mobile pour permettre de changer d’espace le plus rapidement possible. Les acteurs passent d’un rôle à l’autre, sous nos yeux. C’est une course folle ponctuée, amplifiée par une musique qui ajoute à la frénésie. Vite, vite, toujours plus vite ! Et trop. Un trop voulu dans le jeu des comédiens pour surligner la vacuité, l’absurdité du système avec, et je cite le metteur en scène, « des grains de sable qui enrayent la machine […] des moments où les personnages s’évadent, s’arrêtent, se révoltent, se libèrent ou…tout simplement débrayent ».Treize tableaux composent cette pièce. Il n’y en a pas un qui soit en dessous. J’avoue avoir eu un faible pour celui où une femme fait passer un entretien d’embauche pour un nouveau parc d’attraction à deux chômeurs dont l’un avait été Schtroumpf et l’autre canard, dans le même secteur d’activité.  Et puis il y a le tableau final, que je ne vous révélerai pas, et qui s’achève par un pur moment de grâce. Magique. Last but not least, quatre excellents comédiens (avec mention spéciale pour  Marc Pastor et Évelyne Torroglosa) incarnent ces hommes et ces femmes, tantôt lâches, tantôt héroïques, souvent à côté de la plaque, et qui pourraient être nous.Vous l’aurez compris, nous recommandons très vivement cette pièce. Le théâtre est légèrement en dehors des remparts. Mais vous ne regretterez pas d’avoir bravé le cagnard et la touffeur ambiante. C’est brillant.

http://www.iogazette.fr/critiques/focus/2017/du-beau-travail/

Sélection du Off d’Avignon par

Luis Armengol

Par L’Art-vues

Débrayage

Sans doute le texte le plus joué de Rémi De Vos, “Débrayage” garde au fil des ans toute la violence de sa charge contre les rapports hiérarchiques dans le monde du travail. Il y a ces postulants à un
emploi dans un parc d’attractions, leur entretien d’embauche volontairement avilissant, ce cadre sous pression qui annonce à sa femme qu’ils ne partiront pas en vacances car il risque de faire partie d’une nouvelle charrette de licenciements, une employée qui finit par insulter son supérieur qui la harcèle pour ses horaires de pointage, cet homme encore au bord de la paranoïa,  prêt à se dénoncer à sa direction pour mettre fin à l’ostracisme dont il se sent victime.Derrière l’humour du texte, on sent la violence des rapports, la souffrance de ces hommes et de ces femmes minés par la peur du déclassement. On rit, certes, à cette fable contemporaine, récit ordinaire de situations tout aussi ordinaires que le commun des mortels traversent dans leur univers professionnels. Ce rire n’est pourtant que la réponse exaspérée à la violence des rapports (in)humains que la mise en scène souligne avec brio. Gros plan d’une bouche projetée sur écran qui dicte des ordres, commande et menace, voix off insistantes, mécaniques, musique live qui ponctue les situations, panneaux que l’on déplace au gré des scènes pour changer de décor comme on enchaîne les entretiens d’embauche. L’univers de “Débrayage” monté par la Compagnie
de l’Astrolabe dépasse la simple chronique salariale – non, le travail ce n’est pas la santé – et dénonce avec une cruauté salutaire et joyeuse un monde où Big Brother guette au bout du couloir, en costume de petit chef, pour appliquer les règles d’un système broyeur de vies.
A L’Entrepôt à 15h25 jusqu’au 30 juillet. Tél : 0490863037

Débrayage – Avignon Off 2017

D’une brûlante actualité à l’heure du fameux syndrome de l’épuisement professionnel, dit burn out, voici une pièce énergique, cocasse et engagée ; à voir d’urgence !

Ça bosse ?

Pas facile de travailler en entreprise ! Débrayage est une œuvre qui met en scène des employés sous pression, côtoyant l’embauche ou le licenciement, mais surtout le stress lié à l’emploi. Pourtant la pièce n’est pas du tout prise de tête, au contraire, elle sert d’exutoire à ses hommes et ses femmes qui pètent les plombs, de manière salvatrice, pour notre plus grand plaisir de spectateur.
Débrayage fait partie du théâtre contemporain, dans toute la noblesse de cette appellation. Les lieux sont indéfinis, le texte cède souvent la place à la chorégraphie des corps et les personnages sont presque anonymes. Sans compter que la machinerie se fait depuis le plateau. Malgré tout, la cohérence de l’ensemble laisse pantois, et la succession de situations concrètes, prises sur le vif, crée une frénésie captivante.
Vous l’aurez compris, urgence et causticité sont les maîtres mots de cette mise en scène signée Nicolas Pichot.

Comment rester performant et indemne ?

Dès l’ouverture c’est l’affolement, tandis que les comédiens sont amenés à changer de costume, en pleine précipitation et à vue. C’est une première phase chorégraphique qui débute, et il y en aura d’autres, jamais rébarbatives mais toujours divertissantes et soutenues par une musique à tendance électronique composée en direct.
La scénographie, épurée, reflète à merveille l’atmosphère froide de l’entreprise, avec ses bureaux et ses panneaux amovibles et uniformément gris. Quant aux changements de décor, ils sont constamment dynamiques et parfaitement optimisés.
Côté comédiens, le jeu s’avère juste, bien qu’exubérant, et nous permet de nous identifier aux personnages. On se régale de la prestation d’Evelyne Torroglosa, qui devient jubilatoire lorsque, par exemple, la comédienne prend plaisir à lancer en l’air toute la paperasse.
Grâce à de menus détails de mise en scène, mais qui font toute la différence, la compagnie de l’Astrolabe parvient à une franche réussite, dans laquelle l’autodidacte Rémi De Vos est brillamment mis en valeur.

DÉBRAYAGE
De Rémi De Vos
http://www.crabedesarts.com/Debrayage-Avignon-Off-2017_a786.html

La Compagnie de l’Astrolabe

présente

DEBRAYAGE de Rémi De Vos

 

Rémi De Vos à propos de Débrayage

Il n’y a pas à proprement parler d’œuvres ayant « nourri » l’écriture de Débrayage. Je suis un autodidacte complet et j’ai appris à écrire en écrivant cette pièce, ma première, à trente ans passés. Elle est le reflet de ce que je vivais à l’époque.

J’ai écrit sur un univers que je connaissais bien, mais je ne peux pas affirmer qu’une œuvre littéraire, un essai économique ou encore un ouvrage traitant de sociologie aient accompagné l’écriture de Débrayage.
Par exemple, on a beaucoup parlé ces dernières années de « harcèlement moral » dans les entreprises, un certain nombre de livres à succès ont été écrit sur la question, mais en 1995, l’année de l’écriture de la pièce, le terme n’existait pas. Le phénomène existait déjà, mais il n’était pas encore traité. Je suis par ailleurs totalement incapable de comprendre un ouvrage traitant d’économie…
En écrivant Débrayage, il m’est arrivé de tomber sur un article de journal qui retienne mon attention. Par exemple, j’avais lu qu’un parc d’attraction s’était ouvert en Lorraine, région de sidérurgie totalement sinistrée par le chômage et que des ouvriers avaient retrouvé du travail en endossant des costumes de Schtroumpfs ! J’ai immédiatement écrit une séquence là-dessus. Mais c’est à peu près tout…

Je lisais beaucoup Beckett, Kafka, Pessoa…J’avais retenu de Beckett que « rien n’est plus drôle que le malheur et chez Kafka l’aspect indéniablement comique d’un homme se débattant dans les méandres d’une administration toute et inhumaine. « Le livre de l’Intranquilité »  de Pessoa me touchait énormément puisqu’il parlait d’un employé de bureau cherchant à fuir la médiocrité de sa vie dans l’écriture, la vie intérieure, la pure contemplation des êtres et des choses.
J’avais une vie très proche de celle-là…

L’équipe de Débrayage.

Texte :
Débrayage de Rémi De Vos

Mise en scène : Nicolas Pichot

Scénographie et décor: Pierre Heydorff

Comédiens :   Marc Pastor, Evelyne Torroglosa
Tony Bruneau, Natacha Räber

Travail chorégraphique : Leonardo Montecchia

Création musicale : Tony Bruneau

Création lumière : Natacha Räber

Création des Costumes : Pascaline Duron

Photos : Marc Ginot

Administration/production : Edwige Ripamonti

 

Cette pièce a la particularité de nous renvoyer à nos propres expériences, à celles de nos connaissances ou de nos familles.
Nous avons tous des proches touchés par les nouvelles souffrances liées au travail : stress au travail, intensification des cadences, harcèlement moral, peur de la sanction, peur du licenciement, chômage…

C’est une pièce composée de plusieurs tableaux indépendants. Elle parle d’hommes et de femmes sous pression, prêts à exploser…des dommages collatéraux du travail sur la vie de ces gens.

Elle y traite d’une part de l’exclusion du monde du travail et de ses conséquences et d’autre part, de la perte des valeurs d’humanité dans une société normalisée par des codes et un langage qui sont ceux de la rentabilité économique.

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Production: Compagnie de l’Astrolabe.
Co-production: Théâtre Jean Vilar – Montpellier (34), Ville de Mauguio-Carnon (34).
Avec le soutien de : La ville de Montpellier, La Région Languedoc-Roussillon – Midi-Pyrénées, Le Conseil Départemental de l’Hérault, le Sillon, scène conventionnée pour le théâtre dans l’espace public à Clermont-l’Hérault et dans le Clermontais.
En résidence au : Théâtre dans les Vignes – Couffoulens (11), Théâtre Bassaget –  Mauguio, Théâtre Jean Vilar – Montpellier.

 

Crédits Photos : Marc Ginot