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La Compagnie de l’Astrolabe sera au Théâtre de l’Entrepôt,

cet été du 7 au 30 juillet à 15h25, pendant le Festival d’Avignon.

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Du beau travail !

Par Bernard Serf

20 juillet 2017

C’est la première pièce de Rémi De Vos. Elle fut écrite en 1995. Dire qu’elle n’a pas pris une ride relève de la litote. À l’heure de la mondialisation triomphante — et heureuse, forcément heureuse ! —, aller voir cette comédie, ô combien grinçante et caustique, relève de la salvation. Car comme l’écrit fort justement Beckett — et comme l’a parfaitement compris De Vos — « Rien n’est plus drôle que le malheur ». Et du malheur, il y en a dans ces saynètes qui composent cette pièce ! Un malheur insidieux, lancinant. Un malheur d’autant plus urticant qu’il est quotidien. Le quotidien du travail déshumanisé poussé à son paroxysme, et qui relègue l’individu à la seule place désormais sienne : celle d’une variable d’ajustement. On pense à cette vieille expression populaire, tombée aujourd’hui en désuétude, quand autrefois on partait au travail : on disait qu’ « on allait au chagrin ». C’est d’ailleurs ainsi que débute le spectacle. Des hommes et des femmes s’habillent pour partir au boulot. Ce moment est chorégraphié, ce qui a pour effet de l’extraire du trivial. La chorégraphie reviendra dans d’autres scènes, comme une parenthèse poétique, ou dans une scène proprement hilarante de télémarketing. Car on rit beaucoup pendant « Débrayage ». Beaucoup. On rit comme on prendrait une bouffée d’oxygène pour sortir d’un univers qui vous noie. Car ce qu’on voit n’est pas joli-joli. Ça non ! Licenciement, délation, humiliation, paranoïa. Autant de sacrifices faits au Veau d’Or moderne : l’entreprise. Une entreprise qui exige tout de vous et même un peu plus. Au nom de l’efficacité, de la performance, de la réussite.

« Débrayage » est monté comme une course folle. La scénographie est mobile pour permettre de changer d’espace le plus rapidement possible. Les acteurs passent d’un rôle à l’autre, sous nos yeux. C’est une course folle ponctuée, amplifiée par une musique qui ajoute à la frénésie. Vite, vite, toujours plus vite ! Et trop. Un trop voulu dans le jeu des comédiens pour surligner la vacuité, l’absurdité du système avec, et je cite le metteur en scène, « des grains de sable qui enrayent la machine […] des moments où les personnages s’évadent, s’arrêtent, se révoltent, se libèrent ou…tout simplement débrayent ».Treize tableaux composent cette pièce. Il n’y en a pas un qui soit en dessous. J’avoue avoir eu un faible pour celui où une femme fait passer un entretien d’embauche pour un nouveau parc d’attraction à deux chômeurs dont l’un avait été Schtroumpf et l’autre canard, dans le même secteur d’activité.  Et puis il y a le tableau final, que je ne vous révélerai pas, et qui s’achève par un pur moment de grâce. Magique. Last but not least, quatre excellents comédiens (avec mention spéciale pour  Marc Pastor et Évelyne Torroglosa) incarnent ces hommes et ces femmes, tantôt lâches, tantôt héroïques, souvent à côté de la plaque, et qui pourraient être nous.Vous l’aurez compris, nous recommandons très vivement cette pièce. Le théâtre est légèrement en dehors des remparts. Mais vous ne regretterez pas d’avoir bravé le cagnard et la touffeur ambiante. C’est brillant.

http://www.iogazette.fr/critiques/focus/2017/du-beau-travail/

Sélection du Off d’Avignon par

Luis Armengol

Par L’Art-vues

Débrayage

Sans doute le texte le plus joué de Rémi De Vos, “Débrayage” garde au fil des ans toute la violence de sa charge contre les rapports hiérarchiques dans le monde du travail. Il y a ces postulants à un
emploi dans un parc d’attractions, leur entretien d’embauche volontairement avilissant, ce cadre sous pression qui annonce à sa femme qu’ils ne partiront pas en vacances car il risque de faire partie d’une nouvelle charrette de licenciements, une employée qui finit par insulter son supérieur qui la harcèle pour ses horaires de pointage, cet homme encore au bord de la paranoïa,  prêt à se dénoncer à sa direction pour mettre fin à l’ostracisme dont il se sent victime.Derrière l’humour du texte, on sent la violence des rapports, la souffrance de ces hommes et de ces femmes minés par la peur du déclassement. On rit, certes, à cette fable contemporaine, récit ordinaire de situations tout aussi ordinaires que le commun des mortels traversent dans leur univers professionnels. Ce rire n’est pourtant que la réponse exaspérée à la violence des rapports (in)humains que la mise en scène souligne avec brio. Gros plan d’une bouche projetée sur écran qui dicte des ordres, commande et menace, voix off insistantes, mécaniques, musique live qui ponctue les situations, panneaux que l’on déplace au gré des scènes pour changer de décor comme on enchaîne les entretiens d’embauche. L’univers de “Débrayage” monté par la Compagnie
de l’Astrolabe dépasse la simple chronique salariale – non, le travail ce n’est pas la santé – et dénonce avec une cruauté salutaire et joyeuse un monde où Big Brother guette au bout du couloir, en costume de petit chef, pour appliquer les règles d’un système broyeur de vies.
A L’Entrepôt à 15h25 jusqu’au 30 juillet. Tél : 0490863037

Débrayage – Avignon Off 2017

D’une brûlante actualité à l’heure du fameux syndrome de l’épuisement professionnel, dit burn out, voici une pièce énergique, cocasse et engagée ; à voir d’urgence !

Ça bosse ?

Pas facile de travailler en entreprise ! Débrayage est une œuvre qui met en scène des employés sous pression, côtoyant l’embauche ou le licenciement, mais surtout le stress lié à l’emploi. Pourtant la pièce n’est pas du tout prise de tête, au contraire, elle sert d’exutoire à ses hommes et ses femmes qui pètent les plombs, de manière salvatrice, pour notre plus grand plaisir de spectateur.
Débrayage fait partie du théâtre contemporain, dans toute la noblesse de cette appellation. Les lieux sont indéfinis, le texte cède souvent la place à la chorégraphie des corps et les personnages sont presque anonymes. Sans compter que la machinerie se fait depuis le plateau. Malgré tout, la cohérence de l’ensemble laisse pantois, et la succession de situations concrètes, prises sur le vif, crée une frénésie captivante.
Vous l’aurez compris, urgence et causticité sont les maîtres mots de cette mise en scène signée Nicolas Pichot.

Comment rester performant et indemne ?

Dès l’ouverture c’est l’affolement, tandis que les comédiens sont amenés à changer de costume, en pleine précipitation et à vue. C’est une première phase chorégraphique qui débute, et il y en aura d’autres, jamais rébarbatives mais toujours divertissantes et soutenues par une musique à tendance électronique composée en direct.
La scénographie, épurée, reflète à merveille l’atmosphère froide de l’entreprise, avec ses bureaux et ses panneaux amovibles et uniformément gris. Quant aux changements de décor, ils sont constamment dynamiques et parfaitement optimisés.
Côté comédiens, le jeu s’avère juste, bien qu’exubérant, et nous permet de nous identifier aux personnages. On se régale de la prestation d’Evelyne Torroglosa, qui devient jubilatoire lorsque, par exemple, la comédienne prend plaisir à lancer en l’air toute la paperasse.
Grâce à de menus détails de mise en scène, mais qui font toute la différence, la compagnie de l’Astrolabe parvient à une franche réussite, dans laquelle l’autodidacte Rémi De Vos est brillamment mis en valeur.

DÉBRAYAGE
De Rémi De Vos
http://www.crabedesarts.com/Debrayage-Avignon-Off-2017_a786.html